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DISCOURS PRONONCÉS AU MONUMENT AUX MORTS
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2008 - Karsten Eggers
2009 - Jean de Chalon
2010 - Jacques Vernin
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2012 - Eliane Mittelman-Lajournade
2013 - Louis Marciniak
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La Brie qui chante

16 novembre 2013 - Louis Marciniak

Chers amis, Chers anciens,


C'est à moi que revient, cette année, la lourde responsabilité de faire le discours de la journée des anciens.
-Embarrassant devoir que de parler de ses souvenirs et de la vie d'un élève interne à Jacques Amiot ! Ayant quitté l'établissement depuis plus de 60 ans- en 1951-, bien des choses ont dû changer !
- Délicat exercice que de parler de soi, alors que toute ma vie professionnelle, en tant que statisticien-économiste, je n'ai jamais rien fait d'autre que de faire parler les chiffres et leur donner un sens, interroger les partenaires et faire comprendre le pourquoi et le comment des faits !
Alors, pardonnez-moi pour un jour, de parler de moi, interne à Jacques Amyot de ta sixième à Math Elem entre 1944 et 1951.
Lorsque je suis rentré en 6eme à Jacques Amyot, notre établissement était seulement un Collège, à ta charge de la ville de Melun.
Ce n'est que vers 1949 ou 1950 que nous avons eu droit à l'appellation de Lycée. En effet, bien qu'il existât déjà des classes jusqu'au baccalauréat, nous ne pouvions pas avoir le droit à l'appellation « Lycée Jacques Amyot ».
Cette curieuse situation était due semble-t-il au fait qu'il existait déjà un lycée Jacques Amyot à Auxerre et que le Ministère de l'Education Nationale considérait à l'époque qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul établissement avec ce nom en France. Enfin ce préjugé a été aboli.
Pour nous les élèves, cette décision n'eut pas beaucoup d'impact. C'est surtout pour notre chef d'établissement, qui passa du titre de Principal à celui de Proviseur grâce à cette décision. Mais rien n'avait véritablement changé.

Ma famille habitant Crisenoy, distant d'environ 10km de Melun, je devins naturellement interne- comme environ 10% des élèves de l'époque.
Ce pourcentage est supérieur à ce qu'il est aujourd'hui dans les Collèges en France où les places en internat ne sont que de 5% de l'offre globale.
Mais dans les lycées, ce chiffre est bien au-dessous des pourcentages d'aujourd'hui où les places en internat vont dans certain cas jusqu'à 63% de l'offre globale dans certains lycées généraux, professionnels ou technologiques spécialisés.
Vous l'avez vu, c'est encore le statisticien qui parle des chiffres communiqués par le Ministère de l'Education Nationale !
Il faut donc que je passe à mes souvenirs pour vous raconter ma vie d'interne. A l'époque, on ne parlait pas encore des * internats d'excellence » et de l'internat comme facteur de réussite scolaire et éducative.
Je dirai aujourd'hui tout simplement que si aujourd'hui on parle des «internats d'excellence », moi, j'ai à cœur de rappeler avec beaucoup d'enthousiasme de l'excellence de l'internat que j'ai connu à Jacques Amyot et qui a contribué à construire ce que je suis devenu.
Lorsque je suis entré à Jacques Amyot, c'était début octobre 1944, Melun avait déjà été libérée depuis le 25 Août 1944 par les Américains. Il n'y avait donc plus de présence de l'Occupant, sauf peut-être quelques prisonniers allemands qui travaillaient encore dans les fermes des villages environnants.
La vie était calme, voire un peu routinière.
Cependant, quelques rares événements sont venus troubler notre vie d'interne.
Ainsi, je me souviens en octobre-novembre 1944, de 2 descentes dans les caves en raison d'alertes aériennes provoquées par les Allemands venant bombarder les Américains installés à Villaroche.
De 1944 à 1946, il y eut aussi des coupures de courant électrique, plus ou moins longues, mais surtout très nombreuses à une époque où les piles et même, les bougies étaient rares.
Je me souviens que certains d'entre nous avaient récupéré, des boites (vides) de rations de soldats américains dont les emballages étaient recouverts d'une pellicule de paraffine qu'on s'amusait à gratter et qui nous permettaient de fabriquer des bougies de fortune. La nourriture des premières années de Collège restera aussi, et à jamais, parmi mes souvenirs les plus marquants.
En effet, même si au cours du temps, à l'époque, la variété des menus s'est améliorée en même temps que ta situation alimentaire en France, en général, je garderai toujours en mémoire le souvenir des plats de topinambours ou de rutabagas, ainsi que du pain à base de farine de maïs qui se révélait être vraiment immangeable malgré nos efforts et surtout notre faim d'adolescents.
Heureusement, le gâteau ou les fruits que ma mère me préparait chaque semaine avec mes affaires de rechange me permettait de nous régaler moi et mes copains, mais autant vous dire qu'au bout de deux ou 3 jours, il n'en restait plus rien !
En tant qu'internes, nous étions logés dans deux dortoirs collectifs de 30 lits chacun : -1 dortoir de 30 lits pour le collège, et -1 dortoir de 30 lits pour le lycée.
Je me souviens encore de l'agencement et du confort rudimentaire de l'époque. Il n'y avait pas 15 lits d'un côté, et 15 de l'autre, mais 16 d'un côté et 14 de l'autre.
Pourquoi, me direz-vous ?
Tout simplement, parce qu'au bout de la rangée de 14 lits se trouvait la cabine du surveillant qui dormait avec nous.
Ceux qui ont vu le film « les Choristes » peuvent avoir une idée exacte de ce qu'étaient à l'époque nos dortoirs à Jaques Amyot !
Nous disposions chacun d'un lit et d'une table de nuit, les uns à côté des autres, sans véritable confort ni intimité, ni espace personnel.
La description serait incomplète, si je ne mentionnais pas les 2 grands lavabos au bout du couloir avec 5-6 robinets de chaque côté. Inutile de préciser qu'il n'y avait que de l'eau froide, pour la toilette du matin et du soir.
La douche, ce n'était qu'une seule fois par semaine le jeudi matin-jour de congé. Et oui, aujourd'hui, cela parait étonnant de n'avoir de douche qu'une seule fois par semaine, sauf peut-être encore pour les adolescents rebelles d'aujourd'hui à qui il faut un peu répéter d'aller prendre sa douche 2 fois par jour !!....
Pour prendre notre douche hebdomadaire, nous devions pour cela nous rendre au sous-sol. Mais même pour cette douche, le confort était tout relatif, car c'était le surveillant qui contrôlait la température de l'eau, et je garde le souvenir qu'à cause de problèmes de plomberie ou de thermostat mal réglés, avoir une température d'eau chaude et constante était un objectif rarement réalisé.....
Le souvenir de mes années de Collège est finalement assez terne, avec beaucoup de place pour la discipline et le travail et peu d'événements sont venus troubler notre routine.
L'entrée au Lycée nous réserva quelques nouveautés par rapport au Collège.
Je mentionnerai en premier lieu l'arrivée de filles au lycée qui fut pour nous, garçons, une vraie nouveauté, car Jacques Amyot devenait mixte. Mais il faut encore préciser que les filles étaient tout au plus 1 ou 2 par classe, soit pas plus de 3 ou 4 filles par niveau de classe !! Et inutile de préciser que les filles internes ne logeaient pas à Jacques Amyot !
H y eut aussi l'arrivée dans nos classes, d'élèves provenant de pays exotiques tels que le Dahomey (aujourd'hui le Bénin) ou la Polynésie. En effet, ces élèves méritants venaient en France poursuivre leur scolarité, car à l'époque, dans leur pays, l'enseignement ne dépassait pas le premier cycle du second degré.
Alors quel bilan faire d'une scolarité d'interne relativement terne et routinière, marquée par la discipline et le travail, mais en même temps très paisible ?
Je dirai que l'Internat à Jaques Amyot m'a offert :
- un Cadre propice au travail, loin du bruit et à l'abri des sollicitations ;
- un Lieu de partage des compétences et de liens, de soutien et encouragement entre élèves
- une Adhésion à des valeurs et règles communes
Et m'a permis ainsi de développer des talents et des aptitudes d'organisation, d'efficacité et de persévérance et de vivre des moments de convivialité et de détente.
En conclusion, l'internat à Jaques Amyot m'a fait grandir.
Face aux amitiés virtuelles proposées aujourd'hui par les réseaux sociaux, l'internat que j'ai connu m'a permis de vivre de vrais moments conviviaux et des amitiés fortes
Je voudrais donc finir en parlant de mes 5 amis de Jacques Amyot : Coupaye, Rousseau, Bresson, Cabanis ou d'Almeda, dire combien je suis heureux de me trouver avec eux, ou saluer la mémoire de mes amis décédés trop tôt, et leur dire combien j'ai été heureux ici avec eux, combien j'ai appris et progressé avec eux et que c'est toujours un plaisir d'être ensemble et de les retrouver, et vous aussi de vous retrouver chers amis et chers anciens.


Association Amicale des Anciens Elèves des Collège et Lycée Jacques Amyot - Melun