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DISCOURS PRONONCÉS AU MONUMENT AUX MORTS
1994 - Yvette Laurent-Drumez
1995 - Guy Filluzeau
1996 - Régis Bergeron
1997 - Jean Houdart
1998 - Paul Gaud
1999 - Xavier Arsène-Henry
2000 - André Pointeau
2001 - Claude Legendre
2002 - Bernard Lepoivre
2003 - Jacques Vernin
2004 - Alyette Muller-Laurent
2005 - Annie Anzieu
2006 - Jean Péraudeau
2007 - Guy Foiret
2008 - Karsten Eggers
2009 - Jean de Chalon
2010 - Jacques Vernin
2011 - Jean-Louis Delbende

2012 - Eliane Mittelman-Lajournade
2013 - Louis Marciniak
2014 - Alyette Muller-Laurent
2016 - Michel Porta
2017
2018
2019 - Jean-Louis Delbende

La Brie qui chante

16 novembre 2019 - Jean-Louis Delbende

JAKAM’, c’est-à-dire les collège et lycée Jacques Amyot de Melun m’ont vu user mes fonds de culottes puis de pantalons, de la classe de 6ème jusqu’à la Terminale.

Ces 7 années en furent en fait 8 : le professeur d’anglais demanda et obtint mon redoublement de la classe de 6ème, tant mon niveau dans la langue de Boris Johnson était notoirement insuffisant.
Quelques années plus tard, enseignant moi-même la langue de Mister Bean aux contrôleurs aériens de l’Aviation Civile et équipages de compagnies aériennes, c’est avec un sourire complice que ce prof’ et moi-même nous retrouvions dans le cadre de réunions informelles et sympathiques d’anglicistes, amateurs de boissons écossaises.

Ces années qui virent culminer les espérances des Trente Glorieuses furent marquées par des événements de retentissement mondial, contribuant à nous faire réaliser, a posteriori, que nous avions été les spectateurs en direct – ou devrais-je dire « en live » - de faits majeurs qui influencèrent les orientations politiques, géopolitiques, sociales, économiques et culturelles d’une planète engagée dans une mondialisation globale.

Le phénomène de mondialisation, occasionnellement dénoncé, n’est pas nouveau et sa première application remonte à l’Antiquité lorsque la Rome de l’époque parvint à conquérir l’intégralité du monde connu en y imposant sa culture et ses us et coutumes avec beaucoup de diplomatie.

Dans les années 60 et 70 du siècle dernier, deux géants disparurent : Sir Winston, le vieux lion, en 1965 puis, cinq années plus tard, son ami ennemi préféré : Charles de Gaulle. Dans mes premières années d’adolescence, je comprenais confusément que ces deux-là, qu’ils furent portés au pinacle ou bien voués aux gémonies, avaient profondément marqué le siècle en cours.

Parallèlement, la planète bleue voyait ses dimensions se réduire drastiquement.
Quelques années auparavant un objet volant identifié nommé Spoutnik avait eu l’insolence de survoler les Etats-Unis, au grand dam d’une population largement incrédule.
Le Super Constellation à quatre moteurs à hélices reliait Paris à New-York à la vitesse de 390 km/heure.

Quelques années plus tard, le Boeing 707 rétrécissait la planète en proposant aux classes moyennes et supérieures de notre société hexagonale de passer de la Tour Eiffel à la Statue de la Liberté à une vitesse de près de 900 km/heure, grâce à ses 4 moteurs à réaction.
Le « 707 » préfigurait l’avènement du Jumbo Jet, le « 747 », entré en service en 1969 et rouage majeur du développement du tourisme de masse, grâce à ses 500 sièges.
La même année, le Concorde fut présenté au Salon Aéronautique du Bourget et je me souviens, étant présent le jour de la présentation en vol, du prototype 001 piloté par le regretté André Turcat, rejoint dans les airs, au-dessus des pistes par, son frère jumeau, le 002 en provenance de Bristol.
Les deux oiseaux magnifiques offrirent un ballet aérien inoubliable avant d’entrer en service commercial dans les deux compagnies nationales de France et du Royaume-Uni et de proposer aux grands et aux puissants de la planète de traverser l’Atlantique en 3 heures.
Deux ans plus tôt, je me contentais encore de jeux innocents dans la cour de récréation du collège, n’ayant pas encore connu les premiers émois qu’allaient immanquablement susciter les mini-jupes et leur entrée en force. Je ne détaillerai pas plus, ayant reçu de notre Présidente la recommandation d’éviter de développer des ambiguïtés qui me sont habituellement chères.
En 1967 donc, un coup de tonnerre retentit en provenance de la ville du Cap, à la pointe sud du continent africain.

Un chirurgien venait d’inventer une nouvelle forme de mécano en pratiquant la première greffe d’un cœur provenant d’un bien-portant fraîchement décédé, implanté dans le thorax d’un grand malade.
Je me souviens de la « Une » de la presse française qui traduisait la stupéfaction des journalistes relayant de manière dithyrambique l’opération chirurgicale. Celle-ci nous apparaissait comme la prouesse médicale que même Jules Verne n’aurait osé imaginer.

1968 nous surprit tous et j’en ai conservé un souvenir ému puisque la fermeture du collège fit commencer mes grandes vacances avec près de deux mois d’avance. Les privations de tabac et d’essence ne m’affectaient en rien mais j’ai pourtant encore l’image en tête des leaders de la contestation estudiantine défilant à Paris aux cris de « C.R.S. S.S. », en cravate et cheveux courts, tempes bien dégagées derrière les oreilles …. O tempora, o mores …

1969, que Serge Gainsbourg ne put manquer de qualifier d’année érotique, vit les Etats-Unis s’illustrer pour le meilleur en réalisant pratiquement le rêve de Hergé.
Armstrong et Aldrin me permirent de constater, sur un écran de télévision blafard, en pleine nuit et grâce à une autorisation parentale exceptionnelle, que l’Homme pouvait s’extraire de son biotope et partir à la conquête d’autres planètes.
Plusieurs années après Tintin, Milou, le capitaine Haddock et Tryphon Tournesol, on avait vraiment marché sur la lune….

Ma dernière année de collège coïncidait avec un grand virage amorcé par la société française. Le Général nous avait quitté pour les rivages irlandais puis pour une demeure définitive en Haute-Marne.
Son successeur et son élégante épouse introduisirent le « design » et l’art moderne au Palais de l’Elysée, nous faisant bien comprendre que la France traditionnelle, si bien incarnée par le grand Charles et Tante Yvonne, appartenait à un passé s’éloignant.

Le pays semblait faire une mue générale : les campagnes se vidaient au bénéfice de grandes banlieues, les lotissements se couvraient de pavillons du type des maisons du Monopoly, les barres d’immeubles d’habitation surgissaient de terre afin de recevoir ces flux de populations quittant les champs ou bien d’autres pays aux opportunités moins grandes.

Certes nous n’étions pas si nombreux à entrer au lycée, loin des 80 % d’une classe d’âge passant l’examen du baccalauréat de nos jours.
A l’époque, seul un adolescent sur 5 abordait la classe de Terminale et pourtant les noms de famille indiquaient clairement des origines fort diverses sans pour autant déclencher quelque forme de rejet des uns pour les autres.

Les Gomes n’étaient pas moins bien perçus que les Martinez, Cohen, Kowalski ou Dupont. L’intégration dans le melting-pot français était une réussite.
Nous ignorions que le sol national connaîtrait un jour des zones dites de non-droit, que des « grands frères » pourraient jouer la police des mœurs, régentant la tenue vestimentaire de leurs sœurs ou de leur mère et cela entre deux ventes de barres de haschich ou de doses de cocaïne, au bas des tours d’habitation.
La méritocratie garantissait à tous les jeunes de belles perspectives pour peu qu’ils s’en donnent la peine.
La Torah fait à chaque juif un devoir de se souvenir de la phrase suivante qui pourrait s’appliquer à d’autres groupes humains :

« N’oublie jamais que tu as été un étranger et un esclave en terre de Pharaon. »
Il est également possible d’établir un rapprochement avec l’extrait du poème gravé dans le socle de la Statue de la Liberté éclairant le monde :
« … Donne-moi tes pauvres, tes exténués, Tes masses innombrables aspirant à vivre libres, Le rebus de tes rivages surpeuplés, Envoie-les-moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte … »
Portos, Ritals, Espingouins, Polacks ou juifs auparavant errants avaient adopté la devise ornant le fronton de nos mairies et la République était bonne mère.

Depuis ce havre de paix qu’était l’Hexagone, nous, lycéens, n’étions pas, pour beaucoup d’entre nous, insensibles à cette époque de guerre froide où les idéologies dominantes évoquaient un combat de Sumos.
Les deux grandes super puissances s’affrontaient par pays du Tiers-Monde interposés, en Asie, en Afrique et en Amérique Latine.

Quiconque aurait prédit l’effondrement du bloc soviétique qui interviendrait quinze ans plus tard, serait passé pour un fou, qui plus est, politiquement totalement incorrect.

La Chine s’apprêtait à s’éveiller en passant par des phases économiques et sociales souvent inacceptables en Occident car générant des dizaines de millions de morts. Il faut reconnaître que les informations en provenance de l’Empire du Milieu étaient rares et soigneusement filtrées à la sortie du pays comme à l’entrée en Europe.
Le Grand Timonier disposait d’ambassadeurs zélés parmi certains « intellectuels » européens et le Petit Livre Rouge trouva même la porte d’entrée du lycée Jacques Amyot par le biais des courroies de transmission en extase devant notre grand philosophe, celui qui, de manière caméléonesque, avait la particularité de regarder simultanément sa gauche et sa droite.

A moins de passer pour un parfait ectoplasme, il était souhaitable de prendre engagement d’un côté ou surtout de l’autre …….

Les choses ont bien changé car même si nous avons pu penser à tort que l’effondrement du Mur de Berlin et ses conséquences mettraient un terme à l’essence même des grands conflits mondiaux, l’Occident allait devoir s’apprêter à faire face à des adversaires d’un type bien nouveau et que seul Malraux aurait annoncé, déclarant, dit-on, que le 21ème siècle serait religieux ou ne serait pas.

Quant aux engagements idéologiques de 2019, ils semblent plus focalisés sur la sortie du nouvel I-Phone ou bien l’interrogation relative à l’éventuel remplacement de la machine à laver avant la fin des promos.

Mais, revenons en 1974. Notre nouveau président auvergnat, cette fois-ci longiligne, et dont les mauvaises langues prétendaient qu’il descendait de Louis XV – le Bien Aimé – par l’escalier de services, avait apporté une touche de jeunesse.

Même si son prédécesseur nous était apparu comme particulièrement sympathique dans l’affichage de sa vie privée auprès de celle qu’il appelait « Bibiche », il n’avait pas envisagé de se mettre à l’accordéon – le piano du pauvre – ni de passer à table chez Monsieur et Madame Français moyen ou bien de convier les éboueurs à partager croissants et café fumant à l’Elysée.
La petite histoire retiendra que ce polytechnicien grand fit ralentir le tempo de notre hymne national et que le passage de la majorité de 21 à 18 ans ne lui porterait pas bonheur en fin de mandat présidentiel.

Mais, je constate que je viens de réussir l’examen du baccalauréat littéraire : mon 3 sur 20 en Mathématiques a fort heureusement été contrebalancé par deux matières me tenant particulièrement à cœur : l’histoire et la langue anglaise.
L’année prochaine je serai étudiant à la Sorbonne, mais, comme l’écrivait Rudyard Kipling, cela est une autre histoire.

Jean-Louis Delbende

 


Association Amicale des Anciens Elèves des Collège et Lycée Jacques Amyot - Melun