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DISCOURS PRONONCÉS AU MONUMENT AUX MORTS
1994 - Yvette Laurent-Drumez
1995 - Guy Filluzeau
1996 - Régis Bergeron
1997 - Jean Houdart
1998 - Paul Gaud
1999 - Xavier Arsène-Henry
2000 - André Pointeau
2001 - Claude Legendre
2002 - Bernard Lepoivre
2003 - Jacques Vernin
2004 - Alyette Muller-Laurent
2005 - Annie Anzieu
2006 - Jean Péraudeau
2007 - Guy Foiret
2008 - Karsten Eggers
2009 - Jean de Chalon
2010 - Jacques Vernin
2011 - Jean-Louis Delbende

2012 - Eliane Mittelman-Lajournade
2013 - Louis Marciniak
2014 - Alyette Muller-Laurent
2016 - Michel Porta
2017
2018
2019 - Jean-Louis Delbende

La Brie qui chante

1997 - Jean HOUDART

En honorant nos morts de 1914-1918, ce sont évidemment des inconnus que nous honorons. Car c'est trop loin. Et pourtant ils furent, ces inconnus, des acteurs de l'immense tragédie dont nous subissons toujours les conséquences. Elle changea la face du monde, elle fut le vrai début du XXème siècle.
Je suis de ceux qui comprennent mal comment l'assassinat d'un archiduc autrichien en Bosnie, qui aurait pu n'être qu'un nouvel épisode de l'histoire agitée des Balkans, a suffi à faire s'entretuer les peuples européens. Comme si les nations n'attendaient que ce détonateur pour se précipiter dans la guerre. Comme s'il fallait à tout prix que des hommes meurent en masse. Parmi ces hommes, nos anciens.
Ils ont combattu dans des conditions terrifiantes, ont souvent été tués dans des attaques inutiles. Sur la terrible saignée - un million et demi de tués rien que pour la France-lé monument aux morts d'un petit village de ma connaissance dans les Alpes-de-Haute-Provence en dit plus, en deux chiffres que tous les discours. Il porte cette seule inscription : « Mobilisés, 46 ; tués, 20 ». Et on ne parle pas des blessés, cks mutilés, des amputés, de tous ceux dont la vie fut gâchée.
C'était la « guerre patriotique » à laquelle ils s'étaient résignés, car il fallait bien défendre le pays attaqué. A la fin de la guerre, à l'armistice du 11 novembre 1918, une fantastique explosion de joie souleva les Français. Mais derrière l'euphorie, il y avait la réalité, le malheur, qu'un dessin du journal « L'Echo de Paris » illustra sans ménagement. Le dessin montre une jeune femme agenouillée devant la tombe de son mari tué à la guerre ; sa petite fille, à son côté, lui demande : « Papa sait-il qu'on est victorieux? »

Ah oui ! vraiment, on doit comme notre ami Régis Bergeron l'a fait ici même il y a un an, répéter ces vers de Victor Hugo :
« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie ».
Vingt ans après, tout a recommencé. Et d'autres noms se sont ajoutés à ceux de nos anciens de 1914-1918.
Mais là, en 1939-1945, ce fut encore plus qu'un terrible conflit entre des nations ,ce fut une lutte à mort contre une idéologie basée sur la plus brutale volonté de conquête et sur la prétendue supériorité d'un peuple et d'une race sur les autres. Et, après l'écrasement militaire, ce fut, pour nous Français et pour tous les pays envahis par l'armée de Hitler, l'Occupation. Et l'Occupation, ceux qui ne l'on pas vécue ont bien de la chance.
Vous, les jeunes, imaginez qu'un ou une de vos camarades de classe vous dénonce à la police des occupants, et vous envoie ainsi, sciemment, à la déportation et à la mort. C'est ce qui est arrivé à mon ami Pierre Gaud.
Imaginez encore que, du seul fait du nom que vous portez, vous puissiez être arrêté, et là aussi envoyé à la mort par les occupants. C'est ce qui est arrivé à Claude et Monique Lévy.
Cette guerre idéologique fut aussi, à certains égards, une guerre civile. Car dans presque tous les pays occupés, y compris en France, les résistants, ceux qui luttaient contre les nazis, eurent aussi à se battre contre ceux des Français qui pactisaient avec ces mêmes nazis, et qui allaient jusqu'à se faire les complices de leurs crimes les plus horribles.

Faudrait-il oublier tout cela sous prétexte que plus de cinquante ans se sont écoulés? Mais ce serait ne pas voir qu'il y a toujours des nostalgiques de Hitler, impatients de marcher sur ses traces. Par exemple, ce n'est pas il y a cinquante ans, mais en cette fin de siècle, que s'est pratiquée dans l'exYougoslavie la « purification ethnique ». Purification ethnique? Mais voilà qui est calqué sur le programme nazi!
La meilleure façon d'honorer nos morts des deux guerres mondiales est d'être vigilants, c'est-à-dire de réfléchir aux causes de leurs épreuves pour qu'elles ne se renouvellent jamais.
La tâche n'est pas simple. En 1927, un écrivain et philosophe Julien Benda, qui savait combien la paix était fragile, ne cachait pas qu'il serait long et difficile de l'établir solidement. Il écrivait : « La paix, si jamais elle existe, ne reposera pas sur la crainte de la guerre, mais sur l'amour de la paix ; elle ne sera pas l'abstention d'un acte, elle sera l'avènement d'un état d'âme ». Julien Benda n'a pas eu le bonheur de voir cet avènement.
Et nous ? Pourrions-nous nous résigner à ce que le XXIème siècle soit aussi sanglant que le XXème?


Association Amicale des Anciens Elèves des Collège et Lycée Jacques Amyot - Melun