Accueil
L' Association
L'Ancien Collège
Conférences
Discours
Photos
Colloque J.Amyot
Contact
DISCOURS PRONONCÉS AU MONUMENT AUX MORTS
1994 - Yvette Laurent-Drumez
1995 - Guy Filluzeau
1996 - Régis Bergeron
1997 - Jean Houdart
1998 - Paul Gaud
1999 - Xavier Arsène-Henry
2000 - André Pointeau
2001 - Claude Legendre
2002 - Bernard Lepoivre
2003 - Jacques Vernin
2004 - Alyette Muller-Laurent
2005 - Annie Anzieu
2006 - Jean Péraudeau
2007 - Guy Foiret
2008 - Karsten Eggers
2009 - Jean de Chalon
2010 - Jacques Vernin
2011 - Jean-Louis Delbende

2012 - Eliane Mittelman-Lajournade
2013 - Louis Marciniak
2014 - Alyette Muller-Laurent
2016 - Michel Porta
2017
2018
2019 - Jean-Louis Delbende

La Brie qui chante

2006 - Jean PERAUDEAU

Une photo en guise de pont entre la France et l'Allemagne
Devant le monument aux morts, symbole du malheur des hommes un événement de mon enfance m'est revenu en mémoire et il m'est apparu intéressant de vous le raconter car il montre qu'il ne faut jamais désespérer de la nature humaine.
L'histoire commence le 15 juillet 1944
Quelle est la situation en France à cette date ? Le débarquement a eu lieu le 6 juin, la bataille de Normandie fait rage, les troupes allemandes basées à l'ouest commencent à refluer vers la région parisienne.
Ce jour là 'je joue sur le quai de la Seine, face aux moulins avec mes 2 cousins. Etant donné qu'il n'y avait pas à l'époque, d'aire de jeux aménagées, nous inventions nous-même nos jeux : le portique destiné au transborde ment du blé depuis les péniches jusqu'au moulin nous servait de barre fixe à laquelle nous nous suspendions par les pieds,la tête en bas : on appelait cela faire le cochon pendu, ce qui me valait les moqueries de mes cousins car j'étais fils de charcutier.
C'est à ce moment qu'un soldat allemand, muni d'un appareil photo s'approche nous et nous dit "s'il vous plait, vous groupir pour photographieren" .Une fois pris quelques clichés il me demande mon adresse en me faisant comprendre, qu'une fois développes il me les apportera
En effet, quelques jours après, il arrive dans la charcuterie de mes parents et apporte les photos.Avec la précision et la rigueur qui caractérise les allemands chacune d'elle était datée, numérotée et portait l'adresse du soldat en Allemagne, en l'occurrence :
Hugo Krapf - 6, Konigsplatz - Fiirth Bayem
Je les range dans un tiroir de mon bureau et.. .la vie continue...
Je fais mes études secondaires au collège Jacques Amyot où je passe mon Bac mathelem. Mes études supérieures me conduisent après une prèpa à l'Ecole Spéciale des Travaux Publics au diplôme d'ingénieur du cadre principal du Génie Rural. Après un service militaire de 32 mois, j'entame ma carrière de fonctionnaire du ministère de l'Agriculture qui me conduira successivement de Chalons-sur-marne, Melun pour finir chef de service à Evry Sur le plan familial je me marie en 1961 et mes 2 enfants naissent en 1960 et 1966
Eux aussi font leurs études au Lycée Jacques Amyot
Et maintenant flash-back sur l'année 1978 : Notre fils qui fait anglais l°langue et allemand 2°langue avait fait l'année précédente un séjour linguistique très profitable dans une famille anglaise. Fort de cette expérience, je me dis pourquoi ne pas procéder de la même façon en Allemagne? Mais je n'y connais pas de famille...Et si j'écrivais à mon soldat allemand rencontré il y a 34 ans ? Je le fais sans trop d'espoir ;peut-être était-il mort ou n'habitait plus à cette adresse
Je me lance : j'envoie une lettre et une photo "je suis le petit garçon que vous avez photographié il y 34 ans. J'espère que la guerre vous a épargné et que vous êtes en bonne santé. Je projette d'aller en Bavière cet été et j'aurais plaisir à vous retrouver"
Quelque temps plus tard je reçois une lettre émouvante de cet homme La chance m'avait aidé car il n'habitait plus à cette adresse mais son neveu qui se nommait et prénommait comme lui y habitait et lui a bien sur transmis ma lettre.

Il me dit ne pas avoir gardé de souvenir de cette rencontre : II n'avait que 22 ans ! !
Il est marié et a un fils adoptif de 15 ans.Nous convenons de nous retrouver a Fiirth le 15 juillet 1978 où nous arrivons avec ma femme et mon fils. L'accueil fut à la fois émouvant et chaleureux.Hugo Krapf, qui avait annoncé notre venue, était devenu le héros de son village :son neveu, tous ses amis voulaient nous rencontrer.La presse a été convoquée et l'on a eu droit àl/2 page sur Nurnberg Zeitung avec comme titre : <Ein Bild aïs Briicke> (une photo en guise de pont) L'année suivante je les invite à nous rendre visite à Melun et j'envisage de faire paraître un article dans la presse locale pour relater ces retrouvailles. Je contacte le rédacteur en chef J.F Courcelle qui est enthousiaste et se propose même d'en parler au Maire pour organiser une petite réception en Mairie. C'est alors qu'un événement imprévu se produit. Le journaliste et historien Henri Amouroux fait une émission de radio quotidienne dans laquelle il sollicite le témoignage d'auditeurs pour étayer le dernier tome de son œuvre<la grande histoire des Français sous l'occupation>.Et, à mon étonnement, celle-ci fait polémique avec des réactions hostiles aux Allemands Dans mon entourage proche, mon initiative est critiquée. J'y renonce donc avec regret mais la suite montra que j'avais finalement bien puisqu'à l'issue de cette émission Henri Amouroux intitulera son 10° et dernier volume :<la page n'est pas encore tournée> Bien sur les années qui suivirent firent l'objet de nombreuses rencontre tant en France Qu' Allemagne Mais cette histoire a une fin : En mai 1994, notre ami Hugo, je peux dire ami car une réelle
amitié était née entre nous, décède d'un cancer généralisé. A cette occasion, son fils m'écrit une longue lettre dans laquelle il me dit que ses dernières paroles ont été :<ce que je regrette le plus, c'est que je ne reverrai pas mes amis français> Peut-on tirer une morale de cette histoire ? Je le pense, car au milieu de cette guerre qui a fait des millions de morts, qui a été le théâtre d'atrocités sans nom, une amitié a pu naître entre un jeune Français et un jeune Allemand.C'est donc maintenant à vous les jeunes d'en écrire l'épilogue qui sera :<la page est enfin tournée.. .>


Association Amicale des Anciens Elèves des Collège et Lycée Jacques Amyot - Melun