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DISCOURS PRONONCÉS AU MONUMENT AUX MORTS
1994 - Yvette Laurent-Drumez
1995 - Guy Filluzeau
1996 - Régis Bergeron
1997 - Jean Houdart
1998 - Paul Gaud
1999 - Xavier Arsène-Henry
2000 - André Pointeau
2001 - Claude Legendre
2002 - Bernard Lepoivre
2003 - Jacques Vernin
2004 - Alyette Muller-Laurent
2005 - Annie Anzieu
2006 - Jean Péraudeau
2007 - Guy Foiret
2008 - Karsten Eggers
2009 - Jean de Chalon
2010 - Jacques Vernin
2011 - Jean-Louis Delbende

2012 - Eliane Mittelman-Lajournade
2013 - Louis Marciniak
2014 - Alyette Muller-Laurent
2016 - Michel Porta
2017
2018
2019 - Jean-Louis Delbende

La Brie qui chante

2008 - Karsten EGGERS

Mesdames, Messieurs, chers amis,

J’ai l’honneur de faire cette année le discours de la cérémonie d’hommage aux morts devant ce monument. C’est pour moi une situation particulière et délicate, étant de nationalité allemande. Il y a 38 ans j’avais assisté pour la première fois à cette commémoration, j’étais un peu à l’écart au fond. Pendant le discours j’ai eu des frissons et des pensées comme : « Nos parents, nos grands-parents, nos ancêtres se sont battus pendant plusieurs siècles, et pourquoi ? Le monde a changé depuis, nos peuples se sont rapprochés et c’est heureux».
L’an dernier nous avons entendu un discours où il était question d’un jeune Français de 15 ans et d’un soldat allemand, qui voulait avoir une photo souvenir avant de quitter la France. 30 ans plus tard c’est une amitié qui en est née. Aujourd’hui je voudrais vous donner un autre exemple : le mien.
A la fin de la 2eme guerre mondiale, les Alliés en particulier les Américains, ont fait la chasse aux ingénieurs et techniciens allemands : appelée « operation paperclip » (en Français opération trombone). Fin juin 1945, j’avais 4 ans et demi, un officier américain avec son adjudant et une liste en main, frappe à notre porte et dit à ma mère : prenez rapidement tout ce qui est nécessaire, nous devons évacuer toute la famille, dans 3 jours les Russes occuperont cette région. Mon père figurait sur la liste des services secrets, car il était ingénieur dans l’aéronautique. Mais il ne voulait pas partir en Amérique, il a préféré rester en Europe. Alors il s’est joint au groupe BMW qui avait eu un contrat du gouvernement français pour développer un réacteur sur la base du réacteur BMW 003, l’ATAR (Atelier Technique et Aéronautique de Rickenbach). En 1946 un groupe de plus de 120 ingénieurs allemands et autrichiens avec leurs familles est venu en France, c’est à dire environ 400 personnes.
J’avais 5 ans en arrivant à Decize, une petite ville dans le département de la Nièvre au bord de la Loire, ligne de démarcation entre la France libre au sud et la France occupée au nord, pendant la guerre. Nous avons étés logés dans une caserne qui surplombe la vallée de la Loire, qui avait été prévue pour la « garde mobile », mais occupée par la Wehrmacht pendant l’occupation. Les garages de cette caserne furent transformés en bureaux d’études et de construction.
Les habitants de Decize n’étaient pas très heureux de recevoir une colonie allemande, 1 an et demie seulement après l’Armistice. Les premières années ont été difficiles pour nous. Ce n’est qu’avec l’entrée à l’école que les premiers contacts entre Allemands et Français se sont faits. Nos parents nous ont réparti sur les différentes écoles de Decize, personnellement je suis rentré dans une école privée : « Pensionnat Notre Dame des Minimes », chaque jour il y avait des bagarres dans la cour, les Frères avaient du mal à intervenir pour nous séparer.
7 ans après notre arrivée, en 1953, le groupe de la SNECMA fut transféré au centre d’essais de Melun-Villaroche, nous avons donc déménagé de Decize à Dammarie-Les-Lys, cité SNECMA derrière la Brasserie Gruber. A partir de la, je suis devenu lycéen à Jacques Amyot. J’y ai fait connaissance de beaucoup d’amis, avec lesquels je suis pour certains toujours en relation.
Le décollage à la verticale étant à la mode au début des années 50, mon père est devenu ingénieur en chef du projet ATAR volant et Coléoptère.
En octobre 1959 il a été rappelé en Allemagne pour remettre sur pied l’industrie aéronautique allemande à Brême, ma famille a donc quitté la France, mais moi je suis resté ici pour passer le bac en juin 1960. Comme je n’étais pas majeur, il me fallait une personne responsable avec le pouvoir de mes parents. Grâce à monsieur Laurent le problème a été résolu. J’ai été accueilli par la famille Laurent qui m’a considéré comme un fils.
Après un séjour de 14 ans, j’ai quitté la France en gardant de bons souvenirs qui restent inoubliables, ce séjour a beaucoup influencé ma vie. Plus tard durant ma carrière professionnelle d’abord comme ingénieur puis comme enseignant, j’ai constaté qu’il est précieux d’être au moins bilingue avec tous les avantages qui s’en suivent. C’est pour cette raison que je me suis engagé à organiser des jumelages scolaires avec la France. J’ai réussi à en conduire un pendant 12 ans avec le collège « Le Bastion » à Carcassonne.
Vous voyez, d’abord nous étions des ennemis, puis petit à petit nous sommes devenus des amis et depuis plus de 60 ans nous vivons en paix. Aujourd’hui, j’ai même fait l’acquisition d’une villa près de Perpignan en bordure de la méditerranée et j’y passe plusieurs mois par an.
Je m’adresse aux jeunes : apprenez des langues vivantes qui nous permettent de mieux nous comprendre, soyez européens tout en restant attachés à votre identité française et c’est ainsi que nous parviendrons à effacer les drames que nous rappellent nos monuments aux morts.

Merci de votre attention


Association Amicale des Anciens Elèves des Collège et Lycée Jacques Amyot - Melun